Partager l'article ! La troménie: Tous les ans, le jour de l’Ascension, une procession sort à la hâte de l’église ...
le musée du Patrimoine
Tous les ans, le jour de l’Ascension, une procession sort à la hâte de l’église de Gouesnou, précédée d’un reliquaire porté sur un brancard ; c’est le départ de la fameuse troménie et non pas la fuite furtive d’une association de malfaiteurs, comme pourrait le penser un observateur non averti.
Depuis des temps immémoriaux, depuis que Gouesnou, ou plutôt Gwynno, saint éponyme ou chef de clan venu du Pays de Galles au 7ème siècle, en 630 plus précisément, a délimité son territoire, ce rite qui, dit-on, n’a été interrompu que par la Révolution et la Seconde Guerre Mondiale, se répète avec une grande fidélité.
Pour une raison inconnue on part tôt – il fait encore nuit – après une messe célébrée à 5 heures, d’où ce côté mystérieux, et l’on va parcourir allègrement,
d’un bon pas 18 kms en suivant un itinéraire
immuable ou presque, derrière la croix et les reliques. Il s’agit en fait de ‘la relique’, le doigt, la phalange de Saint Gouesnou, enfermé dans un étui en argent qui a échappé à la cupidité des
nos ancêtres révolutionnaires. Avant 1789 on conservait également à Gouesnou le ‘chef’ de notre saint patron, c’est à dire son crâne, dans un précieux reliquaire ouvré.
Il fut vite fondu !
Les pèlerins vont s’arrêter à différentes stations, dix en
tout, matérialisées par des croix ou monuments mais sans les huttes de branchages protégeant des statues de saints comme à Locronan.
Certaines sont très anciennes, remontant au début de
l’histoire du christianisme dans notre région et elles ont sûrement vu passer nos anciens ducs chamarrés, accompagnés de leurs gens et escortes aux costumes rutilants car, dit-on, ils se
faisaient un devoir de porter la chasse de ‘Monsieur Saint Gouesnou’. On sait que ce fut le cas pour Charles de Blois et les Ducs Jean V et Pierre II. D’autres stations ont été abandonnées et
certaines encore sont de création récente comme celles de Keraudren ou de Penguérec, écho sinistre dans la mémoire des Gouesnousiens.
Pour nos amis et voisins de Guipavas il est une station,
la cinquième, enclavée dans leur territoire au lieu dit St. Thudon – sans doute, selon Bernard Tanguy, un rappel de Tudona, la sœur de Gouesnou – qui donnait lieu autrefois à une coutume
curieuse : Les processions de Gouesnou et de Guipavas s’y rencontraient, les pèlerins y entraient pieds nus et on y exposait les reliques des deux paroisses pour que les pèlerins les
honorent et les embrassent. On dit aussi que les reliques de Beuzit – Saint Conogan, dont la chapelle ruinée subsiste prés de Landerneau y étaient aussi exposées. Ceci fait, les deux processions
marchaient ensemble jusqu’à l’extrémité du village et se séparaient à l’endroit où se trouve une croix de pierre.
La troménie est autre chose qu’un exercice physique, un contact privilégié avec la nature qui s’éveille – le lever de soleil sur la route de Guipavas est une pure merveille - c’est une démarche personnelle, une célébration, un temps de silence, une manifestation de foi ancrée au plus profond de nos racines.